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Le budget 2021 de la région Auvergne Rhône Alpes : une opération de communication contredite par la réalité

lundi 14 décembre 2020
Par Laurence Margerit

Un budget qui promet plus qu’il ne fait

Le budget primitif 2021, en hausse de 2,4% par rapport au précédent ne déroge pas, malgré le contexte, à l’autosatisfaction habituelle de son président. Il nous est ainsi précisé que c’est « Grâce à sa bonne gestion et aux économies dégagées depuis 2016 que la Région a reconstitué ses marges de manœuvre et a retrouvé une capacité d’action. C’est cette situation financière désormais plus que solide qui lui permettrait d’affronter la crise sanitaire et économique issue de la pandémie de Covid-19. »

Mais, face aux nombreuses annonces claironnées médiatiquement, c’est globalement un budget identique à 2020 qui nous est proposé, jusqu’à reprendre les prévisions en consommation de carburant de l’an dernier. On ne peut que s’interroger sur la réalité des mots prononcés, en les mettant en perspective avec les chiffres.

Et nous ne pourrons apprécier l’effectivité et l’utilisation faite de ces marges de manœuvre qu’à l’occasion d’une décision modificative budgétaire annoncée début 2021 portant sur une enveloppe supplémentaire de 250 à 300 m€, enveloppe, par ailleurs, largement constituée de ressources en provenance e l’Union Européenne et du Plan de relance national.

Nous devons rappeler que ces « marges de manœuvre » ont été réalisées au détriment de compétences obligatoires de la collectivité territoriale, dont celle de la formation professionnelle pour près de 50%, également au détriment des associations et des capacités de projets sur les territoires. Un affaiblissement qui affecte aujourd’hui la capacité de diagnostic des difficultés au plus prés des territoires et d’élaborations de solutions adaptées à ces réalités, et donc la capacité de rebond de ceux-ci

Par ailleurs, toutes les Régions affrontent cette crise, cherchent à mobiliser des moyens pour y faire face, même si elles sont bien moins riches que la nôtre et plus endettées. Et, contrairement à certaines collectivités locales, les Régions ont bien négocié la clause de sauvegarde sur les recettes fiscales en septembre 2020 qui leur apportent une sécurité relative.

Nous devons bien évidemment placer ce budget prévisionnel dans un contexte particulier lié à la crise sanitaire, mais aussi et surtout dans un contexte de fin de mandat.

Des actes qui contredisent les promesses

Dans un paragraphe du rapport, L’Exécutif martèle son souhait de préserver la diversité de son patrimoine naturel, d’enrayer la perte de la biodiversité pour s’inscrire « sous le chapeau » de l’initiative du green deal vert proposé par Région de France. Mais dans le même temps, la Région continuera de financer des infrastructures routières majeures, en assurant notamment la maîtrise d’ouvrage de deux opérations sur la RN 88 (doublement de la déviation d’Yssingeaux et aménagement à 2 x 2 voies de la section Le Pertuis – Saint-Hostien). Cet investissement colossal (226 millions d’euros), financé majoritairement par la Région, (alors que ce type de voirie n’est pas de sa compétence), vient pourtant impacter la diversité, les terres agricoles et l’environnement alors que des projets alternatifs étaient envisageables. Il est permis de penser que cette précipitation, (l’enquête publique ayant été menée au pas de charge entre le 15 juillet et le 14 aout 2020) n’est pas étrangère au calendrier électoral de 2021.

L’enquête de la cellule investigation de Radio France, sur les achats de matériels sanitaires avec l’exemple de notre région, nous rappelle que privilégier la communication et l’envie d’être le premier ne riment pas toujours avec efficacité et bonne gestion.

Nous rejoignons globalement l’avis du CESER dans sa conclusion concernant l’l’impératif de coordonner l’ensemble des échelons de l’action publique, en collaboration étroite avec les représentants de la société civile organisée.

En effet, Le CESE développe dans son étude Quelle conception des politiques publiques pour accompagner les transitions en cours et à venir ? des concepts déterminants : Les politiques publiques ne doivent plus être conçues en silo mais doivent être systémiques, il faut regarder ce qui se passe à côté pour pouvoir construire une politique qui soit cohérente." Ainsi, il serait incohérent, pour la Région, de développer la compétitivité, sans travailler simultanément sur le volet « transition énergétique » de celle-ci ou en oubliant le volet « cohésion sociale ». De développer une politique industrielle ou d’infrastructures lourdes sans se concerter avec les autres collectivités :Métropoles, ,départements ,autre régions , Europe

Nous espérons donc que le Comité Régional de relance, au-delà des négociations sur le partage des fonds entre acteurs, impulsera une dynamique de concertation et de cohésion, associant l’ensemble des parties dont les organisations syndicales.

Dans l’attente, face aux montants colossaux des différents plans de relances annoncés, le plus grand flou règne dans une surenchère d’effets d’annonces pour l’instant guère vérifiables, et loin du regard démocratique. Il est à craindre que cette situation se prolonge pour englober la mise en place et l’orientation des futurs CPER , pour lesquels les périmètres ne sont pas encore totalement fixés,

L’utilisation de l’argent public doit être conditionnée et contrôlée

Nous regrettons néanmoins que l’avis du CESER n’évoque pas les critères de conditionnalités des aides, pointés lors de l’avis sur les orientations budgétaires.

La CGT revendique que les aides publiques octroyées soient conditionnées au maintien de l’emploi quelle que soit la taille de l’entreprise. Garantir également des revenus pour les commerçants, artisans, employeurs ou non, et les travailleurs indépendants est une nécessité pour assurer le maintien et la poursuite des activités et ainsi préserver les emplois. Dans ce cadre, des contrôles doivent avoir lieu par les pouvoirs publics.

En effet, nous parlons d’argent public, de celui qui est investi et qui devra l’être à un niveau jamais vu. Aussi, cette crise doit permettre de changer de paradigme. Nous avons plus que jamais besoin d’engager le débat vers une réelle rupture économique et sociale pour réorienter l’utilisation des fonds publics pour les besoins des habitants, supprimer les inégalités sociales et territoriales, engager l’économie vers des pratiques respectueuses de la nature et de l’humain, et lutter contre le réchauffement climatique et les pollutions en développant les transports collectifs et leur libre accès.

Nous le réitérons, il s’agit bien d’engager d‘un plan de survie, pas seulement du monde économique, mais pour les générations futures.

Nous voterons l’avis.